23/03/2008
Les soixante-quatre ans de Pepe
Fendant les effluves glacées d'un samedi soir rétroprintanier, nous hâtions le pas vers l'école supérieure de musique, l'esprit plombé par quelque funeste pensée. Une fois les massives lèvres d'entrée ouvertes, nous pûmes monter le col menant à la caisse de soirée, celle où les places restantes attendent sagement leurs élus. Pour trente-six euros, on se rendait maître d'une chaise de premier rang au balcon.
A droite, un hidalgo aux ongles de la main droite acérés, à gauche un boucher bavarois et sa blondinette botoxisée de rigueur, nous voici au centre d'une bancale Trinité. Pepe Romero fait son entrée, attaque une fantaisie de Luis Milan, puis déroule une variation de Fernando Sor sur le thème de la flûte enchantée. La couperose du boucher s'étale en toute vanité, satisfaite de ses jeux: un coup à gauche, un à droite, roulements d'yeux, l'accent des chuchotements ne laisse aucun doute: un conducteur de BMW. Concentrons-nous sur l'hidalgo, les mains enfouies dans une chevelure plus abondante et bien plus noire que la notre, dans une prière extatique. Concentrons-nous, car arrive le gros morceau, la plus belle pièce, le filet aurait dit le voisin de gauche: Bach lui-même, arrangé et conduit par Pepe (BWV 104).
Après vingt minutes (vingt minutes ?) d'égalité de registre parfaite, d'absence de frotté quasi-absolue dans une virtuosité qui ne fut concurrencée que par les grincements de chaise à gauche, il fallait bien se résigner à un entracte. "Le filet ?" demanda Mademoiselle Botox au boucher, d'une voix qui pouvait enfin garder la tête haute après les regards de réprobation du type de droite, celui qui n'a même pas sa blonde en laisse. La voisine de l'hidalgo (la voisine de notre voisin pour ceux qui auraient du mal à suivre) nous demande si c'est l'entracte, car les "Espagnols ne font pas d'entracte". On lui réplique que Pepe n'est plus vraiment espagnol, car il réside en Californie depuis fort longtemps (fort longtemps ?). Emerveillée par tant de savoir, elle profie de l'aubaine: "c'était quoi ce qu'on vient d'entendre ?"... Bach ?, ach so...
...
Deuxième partie sans Brouwer que l'on attendait pourtant au tournant, mais avec quelques accents flamenco pour conclure une soirée où Pepe remercia la fille de son luthier bavarois qui lui avait prêté sa guitare pour le concert (mais à condition qu'il la lui rende, lui avait dit la gamine de cinq ans), reçut des bouquets de fleurs pour son anniversaire, et où le maître de cérémonie - un Bavarois à l'élégance discrète et à la colonne vertébrale plus proche du tuteur pour peuplier que de la colonne vertébrale - faillit commettre une gigantesque bévue en allant offrir un bouquet à la guest star alors que celle-ci attaquait une nouvelle pièce flamenca, emportée qu'elle était par la sobriété de ses soixante-quatre hivers (de bévue point ne fut, Pepe figea sa main puis adressa un amical sourire au "i" confus).
Il ne restait plus qu'à laisser nos envies de meurtres skoteinosiennes s'évaporer dans les cimes balconnées du grand auditorium et noter la morale de l'histoire:
Penser à prendre une burette d'huile avec soi dans les concerts classiques.
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19/03/2008
Sacré Nico, il a bruni !
Allez, puisqu'il faut bien être de son temps (?), buzzons donc gaiement: Carla est enceinte de quatre semaines environ (quatre semaines environ ?).
19:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/03/2008
Carême
En n'y donnant aucune espèce d'attention, par mégarde en quelque sorte, on laissait depuis quelques jours la marée jazz monter.
Grenoble, Paris, Stockholm, Lisbonne ou Munich, les lieux sont identiques: des extravagants secouent leurs fronts dégarnis en déambulant entre les bacs à disques. Soudain, notre oreille se fraye un passage vers le baryton méconnu, celui à qui nos vingt ans ont érigé une stèle. On se précipite vers le vendeur - l'expert - on questionne, il marmonne un "Art Pepper" peu assuré, on sourit à la vue de la pochette brandie magistralement: vingt ans après (vingt ans après ?), on est toujours vivant. On décide donc de dédier une vingtaine d'euros supplémentaires au culte des solos poivrés, et l'on s'engouffre dans une station de U-Bahn après avoir laissé filer les dernières notes dans le froid de la Marienplatz.
Des talons de femme sonnent sur le quai, on les suit machinalement, porté par le swing, tout en escaladant les jambes du regard pour achever l'ascension au chef. Un bref coup d'oeil vers la vallée pour constater qu'entre temps (entre temps ?) une vingtaine de paires de jambes ont englouti le swing. On dévisage les chevilles une à une, ça ne change rien à l'affaire, si ce n'est la menace sourde dans la vingtaine de regards.
Il faut bien se rendre à l'évidence: le swing s'en est allé par un effet quantique, à l'orée du tunnel.
22:04 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08/10/2007
Bravo

18:55 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
05/10/2007
France - All Pink
C'est pourtant bien simple : il suffirait de changer les règles et de permettre au gagnant du tirage au sort d'imposer la couleur du maillot de l'équipe adverse.
Ainsi, Maso, qui n'est pas maso (ouarf !), imposerait le rose pour les maillots, shorts, et chaussettes des All Blacks avec liseré bleu ciel en option). On jouerait alors contre les All Pink. Ca serait top fun, bref, ça le ferait vraiment trop.
Ca permettrait en plus aux équipementiers de mettre en valeur leur savoir-faire en une semaine (en une semaine ?).
11:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/08/2007
Défunte polyrythmie
Ce doit être en 1994 (1994 ?), le premier A de A&A n'est pas encore né, et nous sommes dans un grand amphitéâtre en plein air au coeur de Lisbonne (parc de la fondation Gulbenkian, autant qu'il nous en souvienne).
Max Roach a les cheveux blancs, on dirait le résultat d'une simulation de vieillissement par ordinateur opérée à partir d'une photo de pochette d'album des années 50 (des années 50 ?).
Il tape une fois sur un fût de sa batterie et demande au public d'en faire autant avec ses mains. Hésitations, quelques courageux tapent dans leurs mains. Max est content, il s'amuse, il tape deux coups, le public suit. Il tape trois coups, tout le public s'empaume d'aise. Il tape quatre fois, c'est sûr, nous sommes tous des batteurs de jazz.
La neige lui est tombée sur la tête, à Max ou quoi, préfigure-t-il une sorte de Star Academy avant-gardiste, faut-il qu'il n'ait plus rien à bouffer pour faire la pute comme ça ?
De nouveau quatre coups, mais ce ne sont plus des noires, la syncope fait son entrée, au bord du swing, tout au bord. Max regarde les moutons, il est content de sa coupe claire.
Quatre coups, mais une autre figure rythmique, la troupe est décimée.
Cinq-six coups, on ne sait plus très bien, on sent juste la goulée de swing descendre le long de l'échine. Une vingtaine d'idolâtres probablement tous inscrits au workshop du lendemain se sentent élus de Dieu.
Trois-quatre mesures, deux des énergumènes du premier rang ont les mains qui chauffent. Max rayonne, il les félicite à la sauce amerloque : "Jeez, man, loook at those guys, they're pretty fuckin swingin' !"
On se marre. Encore deux-trois mesures, et le vieux à la tête enneigé a terrassé sans péril quelques milliers de Blancs qui se voudraient au-dessus de la mêlée (et comme chacun sait, au-dessus de la mêlée, y'a personne, pas même les troisièmes lignes). Un soupir.
Son solo peut commencer. Il s'envole seul, bien seul, Max.
Il est mort, Max.
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22/05/2007
La mort du Nobel
En 1992 (1992 ?), nous étions partie prenante d'un projet de recherche scientifique dans un laboratoire de science des matériaux à Lisbonne. Le nom de Pierre Gilles de Gennes était apparu au détour de la lecture d'un ouvrage que l'on consultait pour ce projet. L'expression "touche-à-tout" s'était brusquement (brusquement ?) séparé de ses nippes à poncifs journalistiques pour revêtir les atours de la réalité la plus brutale.
Le type qui portait se nom était apparu au détour d'un chemin de randonnée du fin fonds du Portugal. On avait (bien) bouffé ensemble au refuge. Il se marrait, le type.
14:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/05/2007
Election présidentielle
On n'avait bien lu tous les sondages et autres analyses, et on parvenait toujours à la même conclusion : nous n'appartenions à aucune catégorie identifiable, ce qui, en régime démocratique, est fâcheux.
Ce que nous attendions d'un futur président était pourtant fort simple : travailler moins pour gagner plus.
11:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08/05/2007
Retour du pays du Rock Ford
Dernier dîner à Damas dans une de ces maisons anciennes recyclées en restaurant. La version anglaise de la carte suggère un "gordon bleu with Rock Ford cheese sauce".
Retour à Munich et à la TV. Apparemment, les Français aussi innovent, puisqu'ils ont élu un tandem de jeunes blondes à la tête de l'état.
08:38 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19/01/2007
The eye of the director
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A gauche
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A droite
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Odin has a master plan
16:55 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
06/12/2006
Pour Funambule
"Parce que, comme vous allez le voir, et comme les fractales et le Tao le démontrent, tout-est-effectivement-dans-tout."
Maurice G. Dantec, Les Racines du Mal (page 275 dans l'édition Folio Policier, ISBN 2-07-040775-6).
22:06 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
24/10/2006
Ségolène et la République lunatique
Monsieur André Laignel, député européen ET soutien à Monsieur Fabius dans sa course à la candidature pour la candidature, se fend d'un communiqué : "[...] Mme ROYAL fait reculer les frontières de la République [...]".
De trois choses l'une : OU nous sommes hors de la République (exclusivement), OU nous sommes sur la frontière de la République (exclusivement), OU nous sommes dans la République (exclusivement).
Dans le premier cas, Mme Royal nous éloigne d'un domaine dans lequel nous n'avons jamais été : la République.
Dans le deuxième cas, grâce à (à cause de ?) Mme Royal, la République est un univers en expansion et nous en sommes toujours à la frontière.
Dans le troisième cas, nous sommes en République, et Mme Royal en étend le champ. Les Nord-Américains ont repoussé la frontière au Far West puis à la lune, Mme Royal, par le truchement de "jurys de citoyens" fait de même avec notre chère République. Une République lunatique ?
Merci, Monsieur Laignel.
12:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
06/07/2006
Darwin champion du monde
Retour du stade et de la fête d'après-match. D'après Vou, nous étions passé en direct sur TF1. La gloire n'était plus très loin.
Peu de monde intéressé par le foot, mais beaucoup de monde intéressé par les petites Teutonnes francophiles en rut. Le foot, un vecteur parmi d'autres pour la reproduction de l'espèce.
29/06/2006
Wir fahren nach Berlin
Littbarski, avec quelques cheveux gris et un costume gris, estimait sur les plateaux de la ZDF que la Mannschaft était plus forte qu'en 1990 (1990 ?) et que la sélection argentine aussi. C'était curieux d'entendre Littbarski s'exprimer dans sa langue natale, alors quón l'avait connu s'exprimer uniquement balle au pied.
Une supportrice suédoise avait déambulé downtown en bikini bleu ciel. C'était curieux, son corps nous rappelait celui de Nina, pénétré un soir d'Août 1992 (1992 ?), quand Stockholm nous accueillait l'espace d'un an (un an ?).
Le numérique omnivorait la photographie des rues munichoises. Il convenait de cadrer à bout de bras, en fixant l'écran à cristaux liquides. La populace était spectateur de l'effervescence dès la prise de vue. On continuait, envers et contre tout, à être acteur, en s'absorbant totalement dans le cadre analogique avant déclenchement. Seuls quelques gamins yéménites s'en étaient offusqués, quelques mois (quelques mois ?) auparavant, incapables qu'ils étaient de jauger la simultanéité (?) entre représentation et réalité.
Dans l'Arabia Felix, lorsqu'on répondait "Français", on recevait irrémédiablement la répartie : "Chirac, Zidane !". Les deux garants de l'état, probablement.
Fallait-il baiser Tania ?
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28/06/2006
Chaleurs estivales ou l'appétit vient en mangeant
D'après un ami au bouddhisme éclairé, il semblerait que nos amis tibétains considèrent la copulation comme un consommateur de points de vie. En d'autres termes, une éjaculation mensuelle (mensuelle ?) était la limite raisonnable qu'il conviendrait d'observer. Heureusement, nous n'étions pas bouddhiste, car nous serions alors assurément un bouddhiste mort. Pendant tous ces longs mois de grisaille (la grisaille munichoise effleura les débuts de mois de juin (juin ?) en 2006 (en 2006 ?)), nous avions employé notre temps (?) de façon à satisfaire Virginie ET Kien.
C'était parfaitement épuisant, et si nous n'étions pas mort pour le commun, nous étions mort pour la course à pied en signant les temps (?) les plus pitoyable de notre pitoyable vie ces derniers temps (?).
Bibitte nous avait rejoint à mi-parcours cette fin de semaine, et grâce à cette brune grâce non grasse, nous avions pu achever en courant un parcours que nous avions décidé de terminer en marchant, tant la fatigue nous accablait. Le pubis de Bibitte devait sentir l´anis, il faudrait vérifier.
Quant à Lolotte la Britannique, elle nous avait ensorcelé d'un décolleté dont seules les coquineries épistolaires étaient à la mesure.
Comme Nat s'était prise au jeu, on se prenait à penser qu'une stratégie grosses couilles serait parfaitement adaptée à la situation et que peut-être, dans une période qui pourrait faire luire cerains fastes, notre gland serait le commandeur en chef d'une armée d'anus soumis à la rectitude érigée en monarchie absolue. Des foufounes toutes mieux fournies les unes que les autres, brunes, blondes (vraiment), ou rousses, bourdonnaient dans l'air ambiant. L'attaque était imminente.
Tania, Regina, Pascale semblaient aussi s'être passé le mot.
Il serait souhaitable que le thermomètre indiquât une bonne dizaine de degrés en moins.
22:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



